CSMO Caoutchouc

Historique

Ses origines

XVIe - XVIIIe siècle Les Européens découvrent, chez les populations indigènes, l’usage du caoutchouc (balles, bottes, toiles enduites, récipients) produit du latex de plusieurs plantes dont l'hevea brasiliensis.
1736-1744 Lors de son expédition géographique en Amérique du Sud, le Français Charles Marie La Condamine redécouvre cette substance élastique, dont il francise le mot «cao tchu » (bois qui pleure) par le mot « caoutchouc ». Il rapporte des échantillons de latex en Guyanne française, mais son utilisation reste limitée en raison de sa sensibilité au froid (il fige) et à la chaleur (il devient visqueux). Véritablement intrigué par cette matière, l’ingénieur français François Fresneau part à la recherche de l’arbre qui donne cette mystérieuse substance. C’est à lui que revient le crédit des premières études scientifiques sur le caoutchouc. Il s’est servi du latex pour imprégner une de ses paires de bottes (imperméabilisation), mais ce n’était guère efficace, car sous l’action du soleil, le caoutchouc devenait poisseux et fondait.
1761 Deux chimistes français (Macquer et Hérissant) parviennent à dissoudre du caoutchouc sec (coagulé) avec de l’éther ou de l’essence de térébenthine.
1770 Le chimiste britannique Joseph Priestley découvre que le caoutchouc peut effacer ou gommer des marques d'encre par frottement.
1791 L’industriel britannique Samuel Peal lance la première application commerciale du caoutchouc. Il brevetait cette année-là une méthode d’imperméabilisation des tissus par traitement avec une solution de caoutchouc dans la térébenthine.
1819 Thomas Hancock avait observé un curieux phénomène : 2 morceaux de caoutchouc brut, fraîchement coupés, possèdent la propriété de se souder lorsqu’on les pressait l’un contre l’autre. De là son idée qu’en déchiquetant finement du caoutchouc brut, on pourrait obtenir, par moulage sous pression, des objets de formes diverses. Mais au lieu d’obtenir la poudrette qu’il souhaitait, il obtient une masse pâteuse et plastique qu’il était possible de modeler. Cette opération prit plus tard le nom de « mastication ». Pour la première fois, il était possible de fabriquer des objets à partir de caoutchouc brut, mais un inconvénient majeur retardait encore la progression de l’industrie du caoutchouc : les objets ainsi modelés s’altéraient rapidement selon les variations de la température (ils devenaient visqueux à la chaleur, durs et cassants au froid).
1823 La fabrication de tissus imperméables prend un certain essor, après que Charles Macintosh découvre que le caoutchouc brut pouvait se dissoudre dans le benzol, un solvant économique.
1839 La mise au point de la vulcanisation, par l’Américain Charles Goodyear allait donner le coup d’envoi à l’industrie du caoutchouc. Il observa que le caoutchouc cru traité par le souffre, à température supérieure au point de fusion de ce produit, subit une transformation qui améliore considérablement ses propriétés mécaniques ainsi que sa résistance aux variations de température.
1854 La première usine de caoutchouc ouvre ses portes à Montréal. La Brown, Hibbard, Bourn & Co qui prendra plus tard le nom de Canadian Rubber Company fait sa renommée en fabriquant des couvre-chaussures en caoutchouc.
1860 Le chimiste britannique Charles Hanson Williams démontre que le caoutchouc naturel est un polymère de l’isoprène.
1876-1877 Le Britannique Henry Wickham récolte et exporte hors du Brésil 70 000 graines d’hevea brasiliensis, qui sont à l’origine des premières plantations de l’hevea brasiliensis en Asie.
1888 John Boyd Dunlop invente le premier pneumatique. Il conçoit une chambre à air « enveloppée » d'une toile en coton tissé, qu'il colle et cloue sur une jante en bois. Son invention obtint un succès immédiat auprès des utilisateurs de vélo.
1891 Les frères Michelin dépose le brevet du pneu démontable, qui marque le début de l’ère industrielle du pneumatique.
1909 Le chimiste allemand F. Hofmann dépose le premier brevet de caoutchouc synthétique.
1920-1930 Apparition des premiers caoutchoucs synthétiques : polybutadiènes (PB), copolymères de butadiène et de styrène (SBR), polychloroprènes (CR).
1940-1945 Essor de l’industrie du caoutchouc synthétique SBR en Allemagne et aux États-Unis, provoqué en 1942 par la mainmise japonaise sur la production de caoutchouc naturel du Sud-Est asiatique, qui représentait alors près de 90 % de la production mondiale.
1950-1960 Mise au point de procédés de synthèse en solution faisant appel à des catalysateurs conduisant à la fabrication d’élastomères stéréoréguliers, polybutadiène, polybutadiène, polyisoprène, et à une grande variété d’élastomères spéciaux. Somme toute, ce n’est qu’avec les découvertes de la mastication (Hancock) et de la vulcanisation par le souffre (Goodyear) que commence véritablement l’ère industrielle du caoutchouc. À partir de ce moment, la production monte en flèche et l’utilisation du caoutchouc ne cesse de croître – grâce au développement de la bicyclette et de l’automobile.

Ses débuts au Québec

L’hévéa ne pousse pas au Québec. Sa sève – le caoutchouc – a pourtant donné naissance à une industrie bien vivante chez nous!

1854-1855 C’est à Montréal, en 1854, que l’industrie canadienne du caoutchouc fait ses premiers pas. La toute première usine voit le jour au coin des rues Saint Mary et Monarque – aujourd’hui Papineau et Notre-Dame –, à l’initiative de trois notables anglophones de la ville : messieurs William Brown, George Bourn et Ashley Hibbard. [d’où le nom « Brown, Hibbard, Bourn & Co. »]. Les trois hommes sont d’avis que le Canada est le pays au monde où les habitants ont le plus besoin d’un produit révolutionnaire : les couvre chaussures – ou « claques » – en caoutchouc! Depuis le Québec, les ventes s’étendent à l’Ontario, avant de conquérir l’Angleterre, les États-Unis et l’Europe. Dès septembre 1854, 2 000 paires de claques partent vers Hambourg, en Allemagne. L’entreprise diversifie ses produits et se met à fabriquer des bottes, mais aussi des sandales, des pantoufles, des mocassins, ainsi que des textiles imperméabilisés. Ses efforts sont salués par un prix d’excellence signé de la main de Napoléon III, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, en 1855.
1866 En 1866, le magnat montréalais sir Hugh Allan, fondateur de la Merchant’s Bank et propriétaire notamment de la Montreal Telegraph Compagny, prend les commandes de l’entreprise. Sir Hugh enregistre alors la célèbre marque de commerce « Jacques Cartier », que porteront les bottes produites par l’entreprise, laquelle changera de nom pour être appelée la Canadian Rubber Company.
1882 Dans le reste du Québec, en Estrie en particulier, d’autres usines ouvrent. En 1882, l’entrepreneur S.H.C. Miner ouvre une usine de chaussures en caoutchouc à Granby.
1896-1911 En 1896, la Boston Rubber Company of Montreal crée la Rubber Company de Saint-Jérôme, qui lancera en 1911 la fabrication des premières chaussures de sport, surnommées « tennis ».
Fin du XIXe siècle À la fin du XIXe siècle, avec ses sept usines, le Québec compte la moitié de la production canadienne de caoutchouc. Mais dès 1906, une période de concentration s’amorce. Un an plus tard, avant même de fêter son premier anniversaire, la Consolidated Rubber englobe six entreprises de caoutchouc. Elle possède des usines à Montréal, Granby, et Saint-Jérôme, ainsi qu’à Port Dalhousie et Berlin (aujourd’hui Kitchener), en Ontario. Ce nouveau géant canadien du caoutchouc attire rapidement l’attention de la United States Rubber Company qui en prend le contrôle. Et, dès 1966, toutes ces compagnies fusionnées forment la géante Uniroyal, présente dans 23 pays. L’industrie du caoutchouc n’a pas pris l’importance qu’elle connaît en produisant seulement des claques et des bottes. Sa prospérité, elle la trouvera avec l’essor d’une industrie qui démarre à la fin du XIXe : l’automobile.
1906 Après avoir fabriqué des bottes, des imperméables, des boyaux d’incendie (anciennement fait de cuir) et des pneus de bicyclette, la Canadian Rubber se lance dans la fabrication de pneus pour la « carriole sans attelage ». En 1906, elle se fait un nom grâce à ses célèbres pneus « Canadian Clinchers ». Au début, la production est modeste. L’usine de la rue Papineau ne produit que quatre exemplaires de Clinchers par jour… mais il est vrai que les rues de Montréal ne comptent alors qu’une douzaine de voitures! Six ans plus tard, la production atteindra 400 pneus par jour.
1910 Dès 1910, la Canadian Rubber n’est déjà plus seule en piste. La Goodyear Tire & Rubber Company, fondée en 1898 par l’Américain Frank Seiberling, décide d’implanter à Bowmanville en Ontario sa première usine à l’extérieur des États-Unis.
1926 Au Québec, la première usine de Goodyear voit le jour à Saint-Hyacinthe en 1926. Elle est chargée de produire du textile pour la fabrication des pneus.
1947 En 1947, Goodyear rachète une ancienne usine de la défense nationale à Québec. Celle-ci produira des pièces pour l’industrie de la chaussure, des rouleaux d’essoreuses et divers produits moulés, dont des rondelles de hockey!
1965 En 1965, Goodyear implante à Valleyfield une usine de fabrication de pneus qui deviendra, au fil des ans, un important complexe industriel et l’un des plus importants employeurs de la région.
1966 Avec l’usine de Bridgestone-Firestone, inaugurée en 1966 à Joliette, le Québec compte aujourd’hui deux usines de fabrication de pneus. Mais, au-delà des pneus et des chambres à air, l’industrie québécoise du caoutchouc entretient toujours d’étroites relations avec l’industrie automobiles.
1999 La fabrication de pièces moulées pour le secteur du transport représente, à elle seule, 35 % de la production québécoise qui, en 1999, s’élevait au total à 791 millions de dollars.
2015 En 2015, l’industrie du caoutchouc au Québec regroupait 86 entreprises dont plus de la moitié d’entre elles se trouvent dans les régions de l’Estrie (16 %), de la Montérégie (20 %) et de Montréal (20 %). La majorité (65 %) sont des petites entreprises, c’est-à-dire comptant entre 5 et 99 employés. Le caoutchouc donne de l’emploi à environ 5200 personnes au Québec, un nombre stable depuis 2010. À elle seule, l’Estrie compte 36% des emplois de l’industrie qui, depuis les années 1980,se sont grandement spécialisés. Les compounders, comme on appelait les ouvriers des mélanges, ont fait place aux chimistes et aux ingénieurs. Par ailleurs, avec l’automatisation de la chaine de production, les innovations se font désormais essentiellement au niveau des mélanges et des formules.

Texte inspiré en partie de l’article paru dans la revue Québec Science en novembre 2001. Photo 2-4 : Goodyear Canada inc. / Photo 3 : Collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec - Albums de rues E.Z. Massicotte